Ou comment changer de voie
Un émeu est incapable de reculer.
Et parfois, l’être humain a lui aussi du mal à changer de voie. C’est normal : cela demande de sortir de sa zone de confort. De se remettre en question.
Cela m’est arrivé tout plein de fois, mais j’en ai retenu une qui me paraît emblématique. J’ai appris à lire très tôt. Entre 6 et 15 ans, j’ai dévoré à peu près toute la bibliothèque familiale, d’Angélique marquise des anges à Zola, sans passer par la case Oui-Oui. Et petit à petit, une idée a germé dans mon cerveau : j’allais devenir écrivain !
Comme c’est difficile de gagner sa vie avec des livres (je devais vaguement soupçonner que la nouvelle Duras ne sommeillait pas en moi, ou alors très, très profondément), je suis devenue journaliste. Mais à 80%, pour me garder le temps d’écrire.
J’ai publié quelques nouvelles, des guides de randonnée, un nombre incalculable d’articles pour une foule de médias – autrement dit, je vis de ma plume.
Mais je ne serai jamais écrivain – du moins pas au sens où je l’entendais quand j’étais enfant. Dire que je n’écrirai très probablement jamais de fiction serait plus juste. Déjà, j’ai du mal à en lire – rares sont les histoires qui me transcendent. Ensuite, je suis très à l’aise sur des formats courts, mais après deux ou trois pages, je cale, je me répète, la tension retombe, bref : je m’ennuie.
Par contre, je suis insatiable lorsqu’il s’agit de bouquins traitant de développement personnel, de philosophie ou de cuisine.
Pourtant, jusqu’à l’été dernier, je me suis astreinte à essayer d’écrire une Œuvre de Fiction. Je traînais la patte, remettais l’ouvrage cent fois sur le métier.
Je me répétais que je n’avais tout de même pas fait tout ça pour lâcher l’affaire maintenant. Mes amis me répétaient que je n’avais tout de même pas fait tout ça pour lâcher l’affaire maintenant.
À un moment donné, j’ai lâché l’affaire malgré tout.
Ça n’a pas été facile.
Mais j’ai retrouvé l’envie d’écrire, et surtout de l’énergie et de l’élan pour amorcer autre chose – ce blog en l’occurrence.
En pratique
L’idée n’est pas de baisser les bras, mais plutôt de changer de perspective.
Si vous aussi vous vous heurtez à un projet qui n’avance pas, ou tout simplement qui ne vous nourrit plus ou ne vous apporte plus la moindre joie, demandez-vous si ce ne serait pas le moment d’arrêter d’essayer.
En décidant d’agir ainsi, vous recréez de la place dans votre tête et dans votre vie. Et surtout, vous vous donnez la chance de voir ce chemin de traverse que vous n’auriez même pas remarqué auparavant, tant votre Projet Numéro Un vous obsédait. Si, malgré tout, vous continuez à procrastiner et à vous demander si, vraiment, c’est le bon moment de vous lancer, (re)lisez ce post !